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Le message médiéval des églises du Grésivaudan.

C’était comme si le monde entier se libérait, rejetant le poids du passé et se revêtait d’un blanc manteau d’églises ; écrivait le moine Raoul Glaber peu après l’an mille. Ces paroles inauguraient trois siècles d’une intense ferveur chrétienne dont nous gardons aujourd’hui les traces par les magnifiques églises romanes qui nous sont parvenues. Dans le moyen Grésivaudan nous en conservons quelques vestiges qui témoignent d’une forme de dévotion marquée par la géographie de notre vallée.

A cette époque dans la chrétienté occidentale une règle quasi-générale voulait que le chœur des églises soit orienté vers l’Est, c’est-à-dire l’Orient[1]. Cette orientation était toute symbolique car l’Orient ou Levant désigne le lieu d’où va jaillir le renouvellement du jour et par extension le renouveau de la vie : Je suis venu comme une lumière dans le monde (Ev. Jean 12,46). Le Levant c’est ce qui apporte la lumière, la lumière physique, mais aussi symboliquement celle de l’Esprit, celle de la connaissance de Dieu. Aussi l’on peut s’étonner que ce ne soit pas selon cette règle que furent bâties les églises du Moyen-Grésivaudan.

De nos jours, en rive droite de St-Victor de Meylan à La Terrasse, mis à part St-Nazaire-les-Eymes, toutes les églises sont orientées face à Belledonne, c’est-à-dire orientées au Sud-Est plutôt qu’à l’Est, et aucune contrainte de terrain n’explique ce choix. Celles qui, malgré plusieurs transformations, ont conservé quelques éléments architecturaux du 11ème au 14ème siècle témoignent de l’origine médiévale de cette orientation (St-Ismier, Crolles, Lumbin, La Terrasse). Pour d’autres églises de cette époque mais aujourd’hui disparues des documents ou fouilles archéologiques la confirment (église primitive de St-Nazaire-les-Eymes, abbaye des Ayes à Crolles, prieurés de Montbonnot et Bernin). Certaines ont été entièrement rebâties sur les fondements d’un premier édifice médiéval en respectant son orientation initiale (Meylan-St-Victor et Montbonnot-St-Martin). Enfin deux églises plus récentes (Biviers et Bernin), édifiées après le 16ème siècle alors que la règle médiévale d’orientation était souvent délaissée, ont cependant imité leurs ainées en les orientant de la même manière. Un constat similaire peut être fait pour la rive gauche.

Les gens au Moyen-âge ne séparaient pas leur ressenti intérieur du cadre dans lequel se déroulait leur vie. Ils se sentaient comme faisant partie intégrante de la création et pensaient que le microcosme est un reflet du macrocosme. Leur univers était symbolique plutôt que scientifique. C’est pourquoi chez nous ils ont orienté leurs églises en privilégiant l’élément majeur de leur cadre de vie : la chaine de Belledonne.

Cette adaptation locale de la règle générale avait aussi sa raison d’être sur le plan religieux. De nos jours la montagne n’est le plus souvent perçue que comme un espace de loisirs ou de sport. Mais à cette époque les gens ne s’aventuraient guère sur ces sommets qui leur inspiraient un sentiment de crainte mêlé de respect. La religion guidait leur quotidien et ils étaient imprégnés de l’enseignement de la Bible. Le terme montagne y est utilisé si fréquemment, notamment dans l’Ancien Testament, qu’il signifie bien plus qu’une simple indication géographique. Il porte en lui-même un sens spirituel car il représente le lieu où l’homme peut se rencontrer avec Dieu, celui où Dieu parle à son peuple par la voix des prophètes, le lieu d’où Jésus souvent enseigne et où il se révèle dans sa gloire.

Nous savons bien que pour connaître la montagne il faut y monter. Dans la Bible, cette montée désigne une ascension spirituelle, la nécessaire élévation intérieure de l’homme pour rencontrer Dieu : Moïse monta vers Dieu ; et l’Eternel l’appela du haut de la montagne (Exode 19,3). Il semble que dans notre vallée les pasteurs de l’Eglise aient voulu que cet enseignement soit inscrit concrètement dans la pierre des églises en les orientant vers les hauts sommets de Belledonne. C’est aussi sans doute pour cela qu’à travers les âges bien des montagnes ont été considérées comme des lieux sacrés et que ce sentiment prévaut encore dans de nombreuses cultures car cette symbolique est universelle.

Serge Eymond

[1] Origine étymologique du verbe « orienter »

St Aupre_La Terrasse
Le Touvet
Bernin
St Nazaire lès Eymes
Crolles
St Ismier
St-Victor Meylan
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