Le nom « Grésivaudan »

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Savez vous d’où provient le mot même « Grésivaudan » qui peut s’écrire indifféremment « Graisivaudan » ? Pour Monsieur Debelmas, c’est une énigme de plus, l’origine la plus probable étant un ancien mot : gré, grai, ou même gri, que l’on retrouve dans « Grisons » et « Alpes Grées » et signifiant pente rocheuse. Notre Grésivaudan serait donc tout simplement « la vallée dans la montagne ».

En mai 1999, dans La Lettre n° 56, le professeur Robert BORNECQUE écrivait:

Demandez à quelqu’un de vous dire, à brûle-pourpoint, l’exacte étendue du Graisivaudan. Vous obtiendrez des réponses assez variées et en tout cas hésitantes. Le flou artistique s’amplifiera si vous abordez la question de l’orthographe de la première syllabe. Gré ou Grai ? Enfin attendez-vous à un impressionnant silence lorsque vous poserez le problème de l’étymologie du mot.
C’est le résultat que j’ai obtenu en m’adressant pourtant à d’éminents universitaires et historiens. Peut-être n’est-il donc pas inutile d’aborder ce sujet pour les membres d’une association qui se définit précisément pas le mot « Grésivaudan ».

Dans son « Dictionnaire du Dauphiné », écrit au XVIIe s. et publié par Gariel à la fin du XIXe siècle, Guy Allard propose une solution surprenante. Le nom viendrait, écrit-il, de ce que cette vallée était le passage des Grecs (en latin Graeci ou Graii) venant d’Italie. Outre qu’on ne voit pas d’explication bien sérieuse à cette brusque avalanche de Grecs dans notre région, rien n’explique dans ce cas les deux autres syllabes : « vaudan ».
En fait, les spécialistes pensent généralement qu’il s’agit de la déformation du mot « grationopolitanus » (= grenoblois) sans cesse associé dans les textes médiévaux à « pagus » (pays).
Le langage parlé transforma cet adjectif en « Gratipoltan », puis « Graisivaudan ». On peut opposer une objection deux localités de Savoie, Grésy sur Aix et Grésy sur Isère semblent avoir le même radical et n’ont évidemment aucun lien avec Grenoble.
La racine serait préromaine, d’un sens obscur.
Les spécialistes ne tiennent pas la difficulté pour sérieuse. Si donc notre Graisivaudan vient de « grationopolitanus », l’orthographe ancienne avec « ai » au lieu de « é » se trouve justifiée.
La question de l’étendue recouverte par ce terme ne reçoit pas non plus de réponse simple. Pour Guy Allard, qui en énumère les paroisses constituantes, c’est la région qui va de Grenoble, la ville non comprise, à la frontière de Savoie, en excluant les localités d’altitude comme Theys ou Allevard. Au contraire, le baillage de Grésivaudan, circonscription d’Ancien Régime, englobait non seulement la zone précédente, mais la vallée en aval de Grenoble jusqu’à Tullins et aussi la Matheysine et même l’Oisans. Chacun peut donc choisir entre ces deux définitions extrêmes. Les historiens pencheraient plutôt pour l’en-semble de la vallée de l’Isère, avec ses annexes proches, de Chapareillan à Tullins.
On distingue d’ailleurs couramment un haut et un bas Graisivaudan, de part et d’autre de Grenoble. L’Oisans et la Matheysine sont définitivement exclus.
Quoi qu’il en soit, les Amis du Graisivaudan disposent d’une grande liberté de manœuvre pour définir le cadre de leur action et les perspectives les plus grandioses s’offrent au dynamisme des responsables et des membres de cette respectable association.

La même année, en septembre 1999, Pierre Rouquès écrit de nouveau dans le n° 57 de La Lettre:

Il est vrai que cette zone, réduite, est très homogène dans un département qui ne l’est guère, et finale-ment, c’est bien le territoire de notre Association.Tout le monde semble d’accord sur un point: l’origine du mot est mystérieuse et l’on ne peut faire que des hypothèses, variant selon le point de vue : histoire, géologie…
Dans ce contexte, il est intéressant de rappeler une idée que Jacques Debelmas nous avait proposée lors de la conférence du 19 janvier 1995 et résumée dans la « Lettre » n° 44.
Admettant que ce mot est une énigme, quelle que soit son orthographe, il estimait que l’origine la plus probable est un ancien terme GRE, GRAI ou même GRI, que l’on retrouve dans Grisons, Alpes Gréés ou Grésy et signifiant pente rocheuse (Latin : Gradys).
Notre Grésivaudan serait donc, tout simplement, « la vallée dans la montagne ».
La définition s’applique alors parfaitement à la portion du sillon alpin que nous connaissons bien, à l’exclusion de la cuvette grenobloise, de la cluse de Voreppe qui est l’échappée de l’Isère à travers la montagne et surtout de la plaine de la basse-Isère, située hors des montagnes.

Voici un nouvel épisode de notre « saga » consacrée à l’origine du nom du Grésivaudan. Cette fois-ci, c’est une nouvelle amie, Marie-Thérèse Martin, agrégée de Lettres Classiques, et linguiste avertie, qui s’est penchée sur d’éventuelles origines gauloises (ou celtiques) de notre toponyme , et nous promet d’autres recherches…
Si l’on décompose le nom, cela donne « Grési – Vau – Dan »
1) Pour « Grési », nous disposons du gaulois « graeso » ou « grava », et du gallois « gro » qui signifient « gravier » (en breton, le gro est le sable de rivière).
D’autres témoins gaulois s’en rapprochent, comme « grauna » ou « gravisama » qui signifient « rivières graveleuses ».
Nous retrouvons cette racine pour Grosne, en Saône et Loire, et Grouerme, en Côte d’Or, et il est attesté que ces deux noms de villages proviennent de « grauna » ou « gravisama ».
2) Pour « Vau », nous gardons l’origine « vallis », qui semble incontestable, mais nous verrons ci-après comment le « val » se transforme en « vau ».
3) Pour « Dan », nous disposons :
– de « danos », ou « dannos », qui serait un titre de curateur
– de la racine « da » qui signifie « diviser »
– peut-être aussi est-ce un nom propre ou un titre. (on pense donc au « canton de… confié à… »)
Nous retrouvons à Vienne (Isère), une inscription latine avec des mots gaulois, dont « dannos Rex », traduit par « le Roi », ou « le Roi Dannos ».
– ou encore, de « dubnos » ou « dumnos » qui signifie profond, (donc vallée profonde?) comme on le retrouve dans le Doubs, dont l’origine gauloise est attestée.
Nous pouvons donc penser que le Grésivaudan est une subdivision, (canton, district ou secteur) d’une vallée où coule une rivière graveleuse, ou d’une vallée profonde ou coule une rivière etc.…
Nous sommes encore tentés de rapprocher le nom « Grésivaudan » de celui de « Lavaldens », près de La Mure, dans la vallée de la Roizanne. Or, d’après des archives diverses, des cartulaires etc…, nous trouvons « Valdenz au XI è, Valle Dentis au XII è, Vaudens et Valleden au XIII è,Vallis Denz au XIVè, ou encore Vallis dencium, Valdent. Si la majuscule ne signifie rien, l’explication serait : « vallée enserrée entre sommets dentelés ».
Ces hypothèses sont toutes deux plausibles et ne se contredisent pas.
(Entre autres sources : Pilot de Thorey : Dictionnaire topographique de l’Isère (Romans 1920) et Sclafert Thérèse : Le Haut Dauphiné au Moyen Age ,1920)
Ces explications effacent donc totalement l’hypothèse de l’origine de « Grésivaudan » comme « région de Gratianopolis ».
Pour ce qui est du « val » devenant « vau », il s’agit de la vocalisation du « l ».
Le « l » en effet devient une sorte de « ouaou », (son de gorge), devant une consonne prononcée. Exemple « cheval » donne au pluriel « chevals », prononcé « chevouaous », qui donnera « chevaus ». La finale au pluriel étant fréquente, les copistes l’abrégeaient en la remplaçant par une petite croix, qui sera prise plus tard pour un « x » !

Dans le Grésivaudan coule l’Isère, dominée par la chaîne de Belledonne :
L’ « Isère » vient de « Isara » : la rapide (racine indo-européenne et celtique)
Et « Belledonne » pourrait être rapproché de « Bello – dunum ». Bello signifie fort, puissant, et dunum la hauteur. Donc la puissante hauteur. (cf. Belisama, déesse gauloise qui est « la très puissante »).
Bellona est aussi la déesse de la guerre chez les gaulois cisalpins, donc Belledonne pourrait être aussi « la montagne de Bellona ».
à suivre…

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